Le dimanche 8 novembre prochain, dans la grande salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, FouKi pourrait bien repartir avec le Félix de l’Album de l’année rap. Son album Still Kankan, paru le 7 mai 2025 chez Disques 7ième Ciel, fait partie des cinq finalistes dévoilés par l’ADISQ en septembre, aux côtés de Berger d’Aswell, Rétrograde de Calamine, À la prochaine fois de kinji00 et Douze sur douze de Loud. Pour le rappeur du Plateau Mont-Royal, la nomination vient couronner une année et demie de travail soutenu, entre un album remarqué, un lancement à guichets fermés et une tournée qui sillonne toujours le Québec cet automne.
Un album qui parle du temps
Still Kankan compte treize morceaux et marque un retour aux sources pour FouKi. Après Rap Club en 2023, un projet pensé comme une grande réunion de famille du rap d’ici, le Montréalais resserre ici la formule autour de son complice de toujours, le producteur QuietMike, et de quelques invités choisis. Trois extraits ont préparé le terrain au début de 2025 : « Allez », un morceau enveloppant réalisé avec Soran, « Léa », tout en douceur, puis « Mode de vie », dévoilé quelques jours avant l’album.
Le fil conducteur du disque, c’est le rapport au temps. Le temps qui file trop vite, celui qui guérit, celui qu’on essaie de rattraper sans jamais y arriver. Son étiquette décrit le projet comme un ralentissement volontaire, un interlude pour embrasser le moment présent. Dans les faits, cela donne un rap décomplexé, poétique et entraînant, fidèle à l’univers « zay » que FouKi cultive depuis ses débuts : zen dans l’attitude, précis dans l’écriture, généreux dans les mélodies. On y retrouve cette façon bien à lui de transformer le quotidien en matière à chansons, entre le Plateau, les amis, les doutes et les petites victoires.
Une tournée qui ne s’arrête pas
L’album a été lancé le 20 juin 2025 au Théâtre de Verdure du parc La Fontaine, à Montréal, devant une salle comble : tous les billets avaient trouvé preneur. Depuis, la tournée 2025-2026 n’a à peu près jamais cessé. Cet automne seulement, FouKi promène Still Kankan aux quatre coins de la province, souvent loin des grands centres : Shawinigan le 24 octobre, Gatineau le 30 octobre, Sherbrooke le 6 novembre, Brossard le 14 novembre, puis Amqui le 26 novembre, Montmagny le 27 et Rivière-du-Loup le 28, presque toujours accompagné de QuietMike. C’est le genre d’itinéraire qui ne trompe pas : FouKi est devenu un artiste de scène de premier plan au Québec, capable de remplir des salles dans toutes les régions.
Entre ses propres dates, il continue de multiplier les collaborations. En 2026, on l’a entendu sur « Oublier » de Statzz, sur le Buzzé Pack de Jay Scøtt et sur « Slap », tiré de Sept ans de malheur, le nouvel album de son vieux complice Koriass, son partenaire de Génies en herbe en 2020. Une présence constante qui entretient un catalogue déjà bien garni : ZayZay en 2019, Grignotines de luxe en 2020, certifié or en 2025, et le succès « Copilote », resté dix semaines au sommet des palmarès en 2021.
Le phénomène zay, dix ans plus tard
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se rappeler d’où vient FouKi. Avant les albums et la signature chez 7ième Ciel, il y a eu les mixtapes bricolées avec QuietMike, puis l’arrivée remarquée de Zay en 2018 et de ZayZay en 2019. Son crédo, le « zay », tient en quelques mots : être zen, laisser les choses aller. À contre-courant des postures dures qui dominaient le rap de l’époque, FouKi a imposé un rap souriant, ancré dans le quotidien, les amitiés et les petits bonheurs, sans jamais sacrifier l’écriture. Lui-même parle volontiers de « rap gentil », et le public a suivi en masse, des salles du Plateau jusqu’aux grandes scènes de festivals. En moins d’une décennie, le rappeur aux « grosses broches » est devenu l’un des joueurs les plus importants du rap québécois, celui que tout le monde veut en collaboration, de Koriass à Ariane Moffatt. Still Kankan, disque apaisé d’un artiste qui a appris à prendre son temps, ressemble à l’aboutissement naturel de cette trajectoire.
Le rendez-vous du 8 novembre
Reste maintenant le verdict. La catégorie Album de l’année rap est l’une des plus relevées de la 48e édition des Galas de l’ADISQ, et la présence de deux générations d’artistes, de Loud à kinji00, dit beaucoup de la santé du rap québécois en ce moment. Gagnant ou non, FouKi aura déjà réussi son pari : livrer un album personnel et rassembleur, puis le défendre sur scène partout au Québec pendant plus d’un an. Le Félix serait la cerise sur un très beau parcours.
Cet article ouvre la nouvelle couverture francophone d’iimiTV, consacrée au hip hop et au divertissement francophones du Canada. La suite arrive très vite, avec les autres finalistes et les rendez-vous de l’automne.




